A Way Out – Une évasion trop annoncée

Pour ceux qui ne connaîtraient pas Josef Fares, il s’agit d’un monsieur haut en couleur et au vocabulaire châtié qui nous présentait lors de l’E3 2017 sa nouvelle création, A Way Out. Il nous annonçait un jeu interactif multijoueur au gameplay minimaliste qui allait défier les grands du domaine, à savoir nos amis de Quantic Dream et de Telltale Game. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Josef Fares.

Un trailer digne du cinéma

La saveur des douches

Sorti à moins de 35.- sur Playstation 4, Xbox One et PC et façonné par les studios Hazelight, créateur de l’excellent Brother, la principale spécificité de A Way Out est de nous proposer une aventure uniquement coopérative, jouable en local ou en ligne, et de tenter de nous faire vivre une expérience au croisement de Prison Break, Heavy Rain et Until Dawn. Oubliez donc les longues soirées solitaires, ici il faudra partager votre partie en écran splitté (et ça fait du bien) ou alors inviter un de vos amis à vous rejoindre en ligne. Et quand je dis inviter, c’est inviter pour de vrai, puisque celui-ci n’aura pas besoin de posséder le jeu. C’est très fort, bien joué Hazelight.

Le scénario nous transporte dans les peaux, au choix, de Léo ou Vincent, deux truands aux profils aussi différents que stéréotypés qui décideront de collaborer pour, dans un premier temps, s’échapper de la prison où ils sont enfermés et, dans un deuxième temps, tuer Monsieur Méchant, leur ennemi commun. Si vous pensez que je viens de vous lâcher un spoil insolent et grossier, posez ces tomates et lisez la suite je vous prie. Comme vous l’avez compris, nos deux amis ont des styles bien différents, Léo est du genre gangster de rue, un mélange de Fonzy et Lynch (celui du jeu, pas des films) et Vincent est un magnat de la finance, probablement mineur de crypto monnaies.

Léo IRL ?

DSK et Joe Star, ça promet….

Après une introduction plutôt intense, nous nous retrouvons donc à incarner un des personnages, choisis en début de partie pendant que notre partenaire contrôlera le second. Et là c’est plutôt bien foutu. Dans tous les cas, l’écran sera séparé en deux parties, ce qui vous permettra de suivre l’action des deux personnages simultanément. Cela permettra de donner naissance à des mises en scène très bien réalisées qui aboutiront parfois sur un écran commun. On pourrait imaginer que cela nuit à la lisibilité des actions et du scénario, et même si parfois il peut arriver de manquer un petit détail, globalement Hazelight montre une très bonne maîtrise de la narration et à aucun moment vous ne vous sentirez, trop ou pas assez connecté aux actions de votre coéquipier. Commence alors la grande aventure des frères Burrows binaire. Dès le départ, on comprend vite que la collaboration sera la clef du gameplay. Quelques bagarres agrémentées de QTE, ou plutôt de martellement, une promenade dans la cours, une partie de cartes et quelques informations glanées entre deux séances de musculation (littéralement, votre doigt en sortira plus fort, votre tendinite aussi) nous voilà enfin dans le vif du sujet. La chose promise, l’évasion.

Tout beaux tout propre pour gagner !

Vous aurez même l’occasion de faire du sport mais attention à la tendinite !

 La prison des rêves brisés

Nous y voici, un terrain ouvert où chaque décision aurait son importance dans la suite des évènements, une collaboration dans la tactique et la réflexion, des palettes de possibilité aussi brutales que subtiles, des choix cruciaux qui mettraient nos émotions à rude épreuve le tout épaulé par un scénario Heavy Rainien et de personnages travaillés. J’y croyais. J’ai eu tort.

En effet, beaucoup de joueurs attendaient un escape game, ou quelque chose qui s’en rapproche. Hors, force est de constater que très rapidement, nous subirons un scénario scripté et relativement linéaire où nos choix et nos actions n’auront que très peu de conséquences. Là où la prison se voulait le point central du jeu lors de sa communication, il s’avèrera qu’elle sera en réalité un didacticiel, le jeu se déroulant en plusieurs parties et concerne plutôt une cavale à travers les Etats-Unis de la fin des années 70. Découpé, le scénario sera une succession de séquences d’émotions un poil forcées, de phases de gameplay parfois géniales et aussi fun qu’improbable, et de rebondissements aussi rares que convenus.

Mais alors c’est tout nul me direz-vous ? Et bien je vous répondrais que non, mais que ce n’est pas pour autant que c’est bien. Je m’explique.

La prison la plus chouette du monde

Le jeu regorge de bonnes idées. Déjà la coopération, ça faisait longtemps qu’on nous avait pas proposé un « vrai » jeu en écran splitté, à faire les fesses vissées sur le canapé à taper à quatre mains dans un seau de pop-corn. Le jeu se présente comme un jeu minimaliste, et même si les QTE et les phases d’action sont assez basiques, il faut bien dire qu’elles fonctionnent bien et que vous risquez de vous taper des jolis fous rires. Au-delà des phases définies, le jeu regorge de mini jeux et de petites scènes interactives, et si vous fouinez bien, vous pourrez assister à des séquences assez coquasses. Malgré un scénario convenu, l’immersion fonctionne très bien elle aussi. Et si les deux protagonistes jouent sur des concepts très connus, on sera rapidement habité par leurs émotions et leur histoire pour peu qu’on se laisse prendre au jeu. Il ne sera pas rare de trainer dans les parcs pour jouer au baseball ou de se poser tranquillement pour une petite partie de puissance 4, et il semblerait même qu’un des responsables du développement aie une passion cachée pour les travaux manuel vu que vous terminerez le jeu avec un CFC de menuisier-ébéniste (je ne sais pas si ça existe, si c’est le cas salutations à vous). Donc oui, la partie coopération est bien menée, amusante, et vous passerez un excellent moment. (avec de la bière et des cookies c’est mieux).

Il y aura de quoi s’amuser ente copain et taper des bonnes barres de rire !

La passion du bricolage vous suivra tout au long du jeu !

Sauf que tout n’est pas parfait, loin de là. Si le jeu propose une réelle expérience multijoueur, il n’en va pas de même pour le reste du bousin. Personnellement quand je joue à un jeu de type « narratif » je m’attends à me sentir émotionnellement proche des protagonistes, mais aussi à me sentir un minimum responsable d’eux, ça force l’empathie. Or et malgré les annonces fleuries de son créateur, jamais, à aucun moment, pas même une fois, nous ne sommes face à nos choix. Le jeu est linéaire, très linéaire, trop linéaire. Les séquences s’enchaînent en suivant le script unique et ce ne sont pas les quelques embranchements possibles qui mettront du piment à tout ça. C’est bien simple, les choix ou les échecs potentiels n’ont aucun impact sur le déroulement du jeu, et même s’il existe plusieurs fins, la réalité, c’est qu’il n’y a qu’un seul chemin, ce qui réduit la rejouabilité à quelque chose proche de zéro et c’est bien dommage.

Marketing libère moi !

Au final le souci majeur de ce jeu c’est le déséquilibre entre les annonces qui ont été faites et la réalité. Si Hazelight et Joseph Fares s’étaient contenter de présenter leur produit comme ce qu’il est, une bonne expérience coopérative construite comme un film interactif, et non pas comme le graal des jeux du genre, les réactions aurait sans doute été plus tempérées. Mais quand tu attaques les maîtres et que derrière tu as David Cage qui te prépare Detroit Become Human, bha tu pèses tes mots ! Non mais…Je vous laisse avec une des citations du dit Joseph Fares un peu avant la sortie du jeu, ça illustre bien tout ça « Ces jeux [ceux de Quantic Dream et de Telltale Games] sont trop passifs à mon goût. J’aime avoir encore plus le contrôle. On pourrait croire que vous avez vraiment une influence sur l’histoire, mais alors que vous pensez que c’est le cas et que vous essayez d’avoir un impact dessus, finalement, vous ne contrôlez rien. Vous voyez ce que je veux dire ? Ce n’est pas du tout ça avec A Way Out […]. Il s’agit d’un scénario sur-mesure du début à la fin. » (le lien de l’interview complète est au bas de l’article)

Les plus :

  • Une coopération en écran splitté. On en redemande.
  • Prix (34€)
  • Une narration bien menée
  • Des mini jeux tout partout
  • Le CFC d’ébéniste-menuisier

Les moins :

  • Trop scripté
  • Scénario bateau
  • Les séquences émotions forcées
  • Le titre du jeu mensonger


Éditeur : Electronic Arts
Développeur : Hazelight
Date de sortie : 23 mars 2018
Plateforme : Ps4, Xbox One & PC

Genre : Aventure en coop

 

A Way Out – Une évasion trop annoncée
2.5Note Finale

Une réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.