Du 24 au 30 avril 2023 Histoire d’un duduk au théâtre Michel Servet n’a pas laissé indifférent. Cette création pluridisciplinaire de la Fox Compagnie très émouvante permet de faire du génocide arménien une réalité visible, concrète et non un épisode tombé dans l’oubli.

Le duduk, sorte de hautbois emblématique de la musique arménienne, fait office de maillon dans la construction des saynètes et se faufile au creux de chaque épisode ayant pour trame le génocide arménien. Ainsi, les quatre comédiennes porteuses de générations différentes, nous entraînent dans l’atmosphère de l’Arménie du début du XXème siècle, ses traditions, sa musique si pleine d’une beauté déchirante, ses éclats de rire parfois, mais évidemment aussi le climat oppressant de la guerre planant comme une épée de Damoclès au-dessus de ses habitants.

Grâce à l’alliage de la musique du chant et des danses, le spectacle prend un visage intimiste bien imbriqué dans la réalité du pays et un rythme tonique. Musique et chants consolident l’émotion tandis que les phases de danses apportent une respiration nécessaire dans le quotidien précaire qui s’esquisse devant nous. Le jeu des comédiennes, subtilement dosé, est décliné sous une toute une palette d’émotions qui rend ce spectacle très juste et saisissant de vérité. Ce qui est touchant réside dans le regard de ces femmes, leur complicité, leur badinage, leurs peines mais aussi leurs coups de gueule et leurs accès de révolte.

On passe d’une histoire à l’autre de façon très fluide par la présence du drap noir sur lequel sont projetés les prénoms féminins des personnages à venir. Des prénoms essentiels pour donner corps à une réalité trop souvent abandonnée en bord de route ou tout simplement occultée. Essentiels également pour ne pas sombrer dans le processus de déshumanisation et rappeler qu’avant d’être traqués, tués, condamnés à l’errance, ces personnes avaient une vie propre, des préoccupations, des envies, un destin.
En outre, la musique distillée par Levon Minassian favorise le glissement d’une scène à l’autre tout en chargeant l’émotion et en consolidant cette ambiance particulière.

Mention spéciale pour les moments de danse, savamment répartis tout au long du spectacle; notamment pour les passages où Aurélie Imbert nous épate par sa chorégraphie de la « possédée »et celui où Nancy Ruiz, qui, tendue dans les draps, nous offre l’apparition d’un Christ crucifié.
Je souhaite très longue vie à cette création à la fois poignante et instructive, qui j’espère, s’exportera bientôt dans d’autres théâtres sur de nouvelles terres !


Jeu : Aurélie Imbert, Cécile Xambeu, Edmée Croset, Nancy Ruiz

Mise en scène : Canan Bornand

Musique : Levon Minassian

Chanteuse : Hilal Nesin

Fox compagnie

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