Une remarquable – à mes yeux – illustration de couverture dont on regrettera de ne pas connaître la date de création. Une préface subtile de Mona Chollet qui donne envie de lire tout en situant dans le temps. Il faut, je pense, garder en tête tout le long de la lecture que ce court roman a été publié en 1947 et que l’analyse des rapports homme-femme et femme-société de ce qu’il constate et établit est toujours ‘valable’. Mon argument personnel risque de ne pas vous convaincre mais je vous le livre malgré tout. Je lis toujours avec un crayon à papier et je coche et commente dans les marges. Là j’ai coché près de vingt pages sur les cent trente de texte. Je trouvais dans ces pages, ces paragraphes certains de mes constats d’aujourd’hui et une lucidité de femme impressionnante. Au fur et à mesure de la lecture une question s’imposait : à qui s’adresse Alice Rivaz dans ces pages ? Sans doute d’abord aux femmes et pour les tirer d’un isolement, d’un individualisme (dramatique ici) et changer en partageant. Mais il me semble qu’elle s’adresse aussi aux hommes en leur proposant de prendre conscience non seulement de ce qui est imposé aux femmes mais de ce que leur attitude impose. Imaginez qu’elle parle en 1946/47 de la double charge mentale des femmes (travail-tâches ménagères). Et pensez qu’elle le fait sans animosité, sans virulence, plutôt avec humour (cette façon de procéder étant peut-être plus efficace). Elle nous livre simplement ce qu’écrit une femme mariée pendant les absences professionnelles de son mari. Un journal secret – le passage où il la surprend à écrire est plus subtil qu’il n’y paraît – où elle-même semble ne pas tout dire, où la sexualité ne passe qu’en filigrane.

Une citation ? Vous ne pouvez y échapper : « C’est que nous étions des amoureuses, et qu’ils ont fait de nous des ménagères, des cuisinières… Voilà ce que nous avons peine à leur pardonner. »

Il me semble que l’on pourrait proposer aux enseignants de travailler avec leurs étudiants sur ce texte. D’une part, il est bref et, d’autre part, remarquablement écrit et construit.

Bonne lecture lente.

La paix des ruches
Auteure : Alice Rivaz
Editeur : Zoé

www.editionszoe.ch

La paix des ruches
5.0Note Finale

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