Celui qui dénombrait les hommes

Vous avez sans doute remarqué que je chronique régulièrement cet auteur et je dois avouer que j’ai un faible pour l’ensemble de son œuvre – excepté son premier roman Le roi des rats. Là, il est encore monté d’un cran dans mon estime. En dernière page il cite quelques écrivains auxquels il avoue être redevable et le dernier de la liste est Roland Topor – aussi appréciable pour son œuvre graphique – que j’aime beaucoup.

Attention, ce qui suit va peut-être vous sembler hors sujet. Picasso, d’après les légendes, se désespérait un peu de ne pouvoir retrouver l’innocence, la spontanéité enfantines. Le personnage principal de ce roman est un enfant qui vit avec ses parents dans les Hauts, la ville est dans les Bas. La mère gère un jardin et le père fabrique des clés particulières (conçues d’après les récits de ceux qui les commandent). Un jour, l’enfant descend de sa montagne en courant et dit : « Ma mère a tué mon père » puis se ravise et dit « mon père a tué ma mère » ; il fait aussi connaissance avec les orphelins de la ville. Lorsque les adultes le raccompagnent il a été dit que ses parents se sont juste disputés et que sa mère est partie en lui laissant une lettre… Il est contraint de rester en compagnie de son père mais fera une fugue.

Vous vous demandez ce que Picasso est venu faire là… C’est simple, comme c’est l’enfant qui raconte l’auteur doit retrouver l’innocence – vraie ou fausse – de l’enfance. Je pense pour ma part qu’il y parvient en mélangeant le Je du récitant et le Il de celui qui observe. L’enfant qui parle de lui à la première et à la troisième personne… L’effet est saisissant.

On saluera le talent de l’illustrateur – Vincent Chong – qui crée un univers particulier. Et la classe de la traductrice – Nathalie Mège – qui sait rendre le monde poétique de Miéville (deux exemples pour le plaisir « en regardant la ville s’assombrir et virer au néon » – « ma prédécessrice »). Et je me permettrai d’ajouter quatre noms qui me sont venus à l’esprit en cours de lecture : Bacon le peintre, Gérard de Nerval, le veuf, l’inconsolé, Marcel Aymé et son chat perché et enfin Boris Vian et son Arrache-cœur…

Bonne lecture.

Celui qui dénombrait les hommes
Auteur : China Miéville
Editeur : Fleuve
Collection : Outre Fleuve

www.fleuve-editions.fr

Celui qui dénombrait les hommes
5.0Note Finale

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