Bonjour à tous!
Aujourd’hui, nous allons parler d’une conférence peu conventionnelle faite par une équipe d’éditeurs encore moins conventionnelle ! Nous allons parler de Devolver Digital !

La conférence ne se concentrant pas vraiment sur les annonces de jeux, nous allons plutôt nous pencher sur la société d’éditeurs de jeux et de films indépendants.

Devolver Digital : l’envol du jeu indépendant

Quand on pense à Devolver Digital, qu’est-ce qui nous vient en premier à l’esprit ? Un éditeur de jeux tous plus étranges les uns que les autres ? Un éditeur qui ne connait aucune censure et qui peut se permettre de traiter tous les sujets possibles et imaginables ? Allant d’un jeu de rencontres avec des pigeons à un jeu de joute de pénis, l’éditeur ne connait aucune limite, et c’est là qu’est probablement sa force !

Mais Devolver n’est pas qu’une société de jeux indépendants subversive, c’est surtout une nouvelle façon de penser la relation développeur – éditeur.

Mike Wilson : un grand nom du jeu vidéo

Mike Wilson

Mike Wilson, un des fondateurs de Devolver Digital

Pour un de ses fondateurs, Mike Wilson, le monde du jeu vidéo était devenu une grande industrie où les éditeurs avaient le contrôle total sur les développeurs. Le jeu n’appartenait plus aux développeurs car leur jeu était possédé par l’éditeur. Mike Wilson avait même confié à notre confrère de PC Gamer : “Quand un développeur décide d’innover et de changer les choses, la méthode traditionnelle de faire face à des talents à problème est de les acheter. L’éditeur possède après la propriété intellectuelle d’une oeuvre, ils peuvent continuer à sortir des suites avec moins d’ambition. C’est le but de posséder le développeur, tu n’as plus à l’écouter.” (lien vers l’article)
Et Mike Wilson n’était pas un nouveau venu dans le monde du Jeu vidéo à l’époque de la création de Devolver Digital. C’est à lui qu’on doit une bonne partie de la croissance du PC Gaming.
Mike Wilson a d’abord commencé sa carrière en 1996 chez Id-Software pour aider avec le marketing de la compagnie. Grace à lui, la compagnie est passée d’un serveur et d’un petite compagnie de quatre personnes, à une franchise multinationale opérant sur vingt-deux marchés en moins de six mois. Après avoir créé plusieurs studios de jeux à succès, il va donc créer Devolver Digital en 2009. Devolver Digital sera tout d’abord un producteur/éditeur hybride qui va travailler avec Croteam (créateurs de la franchise Serious Sam) pour créer des remakes HD des deux premiers jeux. Après avoir développé et sorti un troisième épisode de Serious Sam en 2011, Devolver décide de passer l’accent sur le développement d’une scène émergente à l’époque : le jeu indépendant.

Mais c’est surtout un dégoût des règles de marketing du jeu vidéo qui l’a poussé à créer Devolver Digital avec Harry Miller, Rick Stults, Nigel Lowrie et Graeme Struthers. C’est pour cela qu’ils ont décidé de garantir aux développeurs la plus grande partie des revenus des ventes du jeu, ainsi qu’ils aient le dernier mot dans toutes les décisions majeures dans le développement. Devolver Digital devient donc par extension un mécène qui permet la création aux développeurs de jeux indépendants.

Une success story incroyable :

Mais ils ne sont pas devenus instantanément les piliers de l’édition de jeux indépendants du jour au lendemain. C’est d’abord en prenant la série Serious Sam comme banc d’essai qu’ils ont réussi à se créer des contacts dans le milieu du jeu indépendant. C’est ainsi qu’ils proposèrent aux développeurs Mommy’s Best Games, Be-Rad Entertainement et Vlambeer de travailler sur des spin-off de la série phare de Devolver. Ils ont donc fini par travailler conjointement avec le développeur Vlambeer pour sortir Serious Sam : The Random Encounter en octobre 2011.
Et juste après cela Devolver a lancé, avec le développeur Dennaton Games, le développement du jeu qui les a fait connaitre mondialement avec 2 000 000 d’exemplaires sur Steam, Hotline Miami.

Au moment où Devolver et Vlambeer étaient en affaire, Vlambeer avait eu vent d’un groupe de développeurs suédois qui avait pour objectif d’apporter de la nouveauté dans le monde des jeux vidéo.
Dans la banlieue de Gothenburg en Suède, Jonatan ”Cactus” Söderström et Dennis Wedin avaient un problème assez commun dans le milieu du développement de jeux indépendants à l’époque : le manque d’argent.
Les deux développeurs travaillaient ensemble depuis des années mais s’ils voulaient enfin attirer les lumières qui leur permettraient de financer leurs projets, il fallait créer quelque chose de plus fou que les créations un peu bizarres que Jonatan créait depuis des années. Devant le refus de projets presque terminés et de projets abandonnés par manque de moyens, Jonatan et Dennis ne comptaient plus que sur ce qui s’appelait à l’époque Super Carnage, et qui détenait l’âme de ce qui sera par la suite un des jeux indépendants les plus vendus au monde.

C’est donc via Vlambeer que Devolver eut le moment de découvrir les deux développeurs, qui leur envoyèrent un build du projet. Là toute l’équipe se mit à croire en ce projet. À l’époque, Devolver n’avait pas beaucoup d’argent, et certains de ses membres travaillaient gratuitement depuis des mois pour faire démarrer la compagnie. Mais convaincu du succès du projet, plusieurs membres investirent leurs économies dans le jeu qui deviendra par la suite Hotline Miami.

Hotline Miami

Hotline Miami, le jeu qui a permis à Devolver d’atteindre sa popularité actuelle.

Et c’est ainsi que Devolver obtint la place qu’on lui connait aujourd’hui, une place où non seulement elle permet la création de jeux vidéo atypiques mais surtout d’un mouvement culturel visant à changer le regard des consommateurs face au marché du jeu vidéo.

Devolver Digital Films :

Un fait un peu plus méconnu du public lambda est que Devolver a aussi une branche de distribution de films indépendants.

Comme pour le marché du jeu vidéo, Devolver ne propose pas seulement de faire sortir le film, mais de le distribuer de la meilleure façon possible pour permettre un maximum de retours et de visibilité. Le but de Devolver étant de prendre seulement quelques titres à la fois et les chouchouter comme si c’était eux qui en étaient les concepteurs.

Ils promettent de permettre au réalisateur d’aller chercher les fans là où ils pourront les trouver.

Devolver Digital et l’E3 :

Présent depuis 2014 à l’E3, Devolver a eu des relations souvent distantes avec le salon. Mais comme je l’ai dit précédemment Devolver n’est pas n’importe quel éditeur. Vous ne les trouverez pas sur une scène dans un salle de convention horriblement chère pour présenter un titre phare. Devolver Digital préfère nous présenter un grand nombre de jeux qui sortiront prochainement et le tout dans une ambiance agréable et festive.

Depuis l’E3 2015, Devolver Digital organisait un ”pique-nique” avec des bières, un BBQ et des jeux indépendants en marge de l’E3. Le stand Devolver avait loué le parking à coté d’un Hooters juste en face du Convention Center où se tenait l’ E3. Écouter de la musique, en buvant une bière dans des verres rouges à l’américaine, bienvenue chez l’éditeur le plus rock’n roll du jeu vidéo. Les jeux, quant à eux, étaient présentés dans des caravanes climatisées.
La presse avait beaucoup apprécié l’ambiance détendue qui régnait sur le stand de l’éditeur et que les développeurs pouvaient parler de leur jeu sans retenue. Ils avaient plus l’impression d’être dans un festival que dans une présentation du jeu.

Mais Devolver a depuis 2015 eu plusieurs soucis avec l’ESA (Entertainement Software Association) qui organise l’E3. Pour rappel, l’ESA est une association qui se consacre aux besoins commerciaux et aux relations publiques des entreprises produisant des jeux vidéo. L’ESA propose des études de marché, les attentes de la clientèle et notamment la censure dans les jeux vidéo. La plupart des grandes sociétés éditrices de jeux vidéo font partie de l’ESA.
Évidemment comme vous l’aurez compris ce n’est pas le cas de Devolver Digital. C’est pour cette raison que depuis 2015, ils ont eu souvent des bâtons dans les roues de la part de l’ESA.
En 2015, l’ESA avait fait engagé plusieurs camions pour remplir le parking en face de l’E3 et ainsi cacher de la vue des visiteurs, le stand Devolver de l’autre coté de la route.

Avant de parler de ce que l’ESA a posé comme problème au stand Devolver cette année, intéressons-nous à la conférence Devolver Digital, intitulée ” Big Fancy Press Conferance” (la grande conférence de presse fantaisiste).

La ”Big Fancy Press Conference 2017” de Devolver :

La conférence a tout d’abord commencé avec l’arrivée sur scène de la présentatrice. Ils ont longuement appuyé sur le fait que les applaudissements en début de conférence semblent exagérés voire mis en scène. Pour finir par les interrompre par des coups de feu ! Le public est composé d’images “Stock Image” qui sont mises là pour montrer à quel point les caméra-man choisissent les réactions de personnes à afficher lors des présentations.

La présentatrice va ensuite continuer en appuyant sa présentation avec de la répétition du mot ”Very” pour accentuer le fait que lors des présentations, les éditeurs sont là pour vendre leurs jeux et font donc dans la surenchère. La réalisation de la scène va elle aussi intensifier cette surenchère avec des cuts rapides (ici trop rapide, pour choquer l’œil du spectateur).
Tout ça pour que les joueurs puissent donner leur argent durement gagné à Devolver ! Pour le business immoral de demain, aujourd’hui ! Évidemment, cette dernière phrase est là pour dénoncer la façon que les studios ont de nous jeter de la poudre d’étoile dans les yeux, pour qu’on achète les jeux avant même d’en savoir plus.

On a eu droit ensuite à la présentation du premier jeu de la conférence : RUINER, un top-down shooter nerveux qui semble se dérouler dans un univers futuriste violent.

Ensuite, le département de recherche et développement de Devolver est venu nous présenter leur nouvelle invention pour les fans qui veulent ”jeter leur argent à l’écran” : Devolver Digital Screen Pay ! Pour démontrer la qualité, ils ont invité un membre du public pour venir tester cette innovation ! Un membre du public est donc venu sur scène avec étrangement beaucoup de goodies et un t-shirt de l’accès public de Devolver.

Ici, Devolver veut donc dénoncer que les interventions avec le public dans ce genre d’événements sont souvent truquées. Les éditeurs payent des acteurs ou journalistes pour complimenter leurs jeux et ainsi donner une meilleure impression au public.

On va donc avoir le droit à une présentation de lancer de billets à l’écran qui finira de façon tragique avec de l’humour comme seulement Devolver peut en faire preuve.

Ils vont ensuite enchaîner avec le second jeu présenté : Serious Sam’s Bogus Detour, un autre top-down shooter dans l’univers de Serious Sam. Ils ont prévu de la Coop online, un mode survival, du versus deathmatch et du support complet de mod.

Suite à la fin du trailer, nous revenons avec la présentatrice qui va nous présenter un concept révolutionnaire pour acheter ce jeu ! On pourrait acheter le jeu alors qu’il n’est pas encore disponible ! Le Earliest Access, le renouveau du early access tel que nous le connaissions jusque là. Devolver Digital pourrait vendre le jeu grâce à ce concept directement après que le développeur ait à peine pensé à l’idée d’un jeu !
S’en est suivie une vidéo présentant un jeu Earliest Acess avec Suda51 de Grasshopper Manufacture. Vidéo se terminant par un malentendu où Suda51 et Devolver ne travailleront pas ensemble sur un jeu. Évidemment toute cette mise en scène avait pour but de critiquer la démocratisation du Early Access et les problèmes de développement qu’ils apportent.

La conférence a ensuite continué avec la présentation d’un outil qui pourrait faire que nos commentaires et avis sur un jeu vidéo aient vraiment un vrai impact. Le Comment Created Content va permettre de faire changer le jeu en temps réel grâce à nos commentaires !

La conférence va ensuite finir un délire hallucinogène et épileptique en nous montrant un peu de gameplay d’autres jeux qu’on n’a pas vu dans la présentation.
Comme The Sword of Ditto, un zelda-like dans un univers à la Adventure Time reprenant la mécanique d’héritage de Rogue Legacy !

Comme vous l’aurez probablement compris, cette conférence est bel et bien une vidéo créée par Imagos Films pour critiquer les revers de la scène vidéo-ludique en 2017 et plus particulièrement l’E3. Comme je l’ai dit dans le premier chapitre, les intentions principales de Devolver Digital sont de dénoncer les travers du marché du jeu vidéo et d’en proposer une alternative où le développeur serait maître de son projet et où l’éditeur serait seulement ici pour permettre la création. C’est pour cela qu’il est pertinent de voir ce studio d’édition prendre les armes et critiquer ouvertement le système de production tel qu’il est actuellement.

Pour revenir à la dernière actualité du studio en rapport avec l’E3, on nous a appris que récemment Devolver Digital n’avait pas eu les autorisations pour tenir leur ”pique-nique” annuel en marge de l’E3. En effet, selon Mike Wilson (co-fondateur de Devolver, je rappelle) l’ESA aurait fait jouer ses relations pour faire invalider les autorisations de Devolver auprès de la ville de Los Angeles. Cet acte aurait donc engendré une annulation de projets de présentation et donc créé une énorme frustration au sein du studio. Devolver aurait donc perdu 100 000$ dans la manœuvre.
Mike Wilson a avoué qu’on avait essayer de les intimider via des coups de fil et des menaces. Il a ensuite indiqué qu’il ne voudrait pas ouvrir de procédure juridique, car il préférait protéger sa société et ”ne pas mettre en danger ce que nous faisons”.

On peut aussi les comparer à Netflix, qui permettent au créateur une très grande liberté de création sur leur projet et qui en plus de ça, leur offre une plate-forme sur laquelle ils seront vus. Grâce à ce système qui est très semblable à celui de Devolver, Netflix a pu accueillir des films et des séries d’une grande qualité et avec une vraie âme.
Mais comme pour Devolver, ce n’est pas du goût de tout le monde. on a notamment pu le voir avec les soucis que le Festival de Cannes avaient posés à Netflix.

En effet, en France, il est important de respecter une chronologie des médias et le fait que Netflix veuille sortir leur film présenté Okja simultanément sur Netflix et dans les salles qui auraient accepté de le projeter, posait un problème de droit. On avait pu aussi voir que les invités du Festival de Cannes avaient hué le logo Netflix à la diffusion d’Okja, jugeant que le système de financement de Netflix ruinait le ”vrai” cinéma.

On peut donc voir dans ces deux exemples qu’il est difficile de se faire une place dans des industries bien rodées comme celle du jeu vidéo pour Devolver et du cinéma pour Netflix car ils vont toujours subir les lobbys qui sont en place depuis des années. Mais j’espère que les actions de ces deux firmes feront changer le regard que l’on porte sur ces deux médias et qu’un jour ce mode d’édition sera aussi reconnu que les formes traditionnelles.

 

Cet article nous a été gracieusement fourni par le site www.asgard.gg et a été rédigé par Ailoas

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