Jeunes et terriblement talentueux. C’est ainsi que l’on peut qualifier Louis Matute et ses musiciens qui distillent avec passion un jazz vibrant, riche, bariolé aux antipodes du jazz conceptuel. Une nouvelle fois, l’Epicentre nous régale par sa programmation !


La salle est pleine à craquer. Signe d’excellente santé pour l’art qui renait désormais de ses cendres après presque deux années de sieste obligatoire. On sent le public curieux et avide de découvrir Our Folklore, le nouvel opus que Louis Matute et son large ensemble nous révèlent ce soir.

Dans une ambiance feutrée, traversée par des lumières tantôt bleutées, tantôt rouges, Louis Matute entame les premiers accords sur sa guitare électrique avant que les cuivres prennent le relais. Alors la magie opère et nous happe à la manière d’une énergie contagieuse, délicieuse. Couronnés par le Prix spécial du Cully Jazz Festival et celui du concours JazzContreBand, Louis Matute et son quartet font preuve d’une grande originalité dans leurs compositions et nous emportent dans un voyage que l’on n’attendait pas. En effet, fortement influencés par l’Amérique Centrale et le Brésil, les musiciens nous font explorer les multiples facettes d’un jazz recherché, toujours plus caméléon, prêt à se transformer au gré de l’inspiration.

Aussi à l’aise à la guitare qu’au micro, les apartés de Louis Matute méritent que je m’y arrête.
Décontracté, un brin nonchalant mais néanmoins sincère, le jeune guitariste n’est pas en reste pour annoncer les morceaux. Il rend notamment hommage à son professeur de flamenco avec lequel il a beaucoup appris ainsi qu’à une graphiste kenyane « très inspirante » qui avait conçu la pochette de l’album précédent How great the world this can be et à présent décédée. Il lui dédie le titre Kawira.

Et les mélodies n’en finissent pas de faire leur mue. Après les saveurs de l’Amérique Latine, cap sur l’Orient. La surprise prend corps sous les traits d’Amine M’hairi, joueur de oud prodigieux mais pas seulement puisque d’après Louis « ce gars à dix mille vies ». Psychiatre, père de famille pour le moins…Louis se remémore les longues soirées à répéter avec lui de 22 heures à 2 heures du matin ! « Enfin, lui, il se levait à 6h…alors que moi, je me levais…ben à 6 heures aussi. » Ainsi, le oud vient s’unir à l’ensemble pour former une mélodie épicée, ondoyante qui n’est pas sans rappeler celle d’Avishaï Cohen pour certains de ses titres. On y perçoit l’envie de capturer la multitude du monde, sa fougue, sa complexité. Un jazz de très haute stature qui semble bien engagé vers la réussite.

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