Yoshi est à l’honneur chez Nintendo en 2026. Après une présence très remarquée dans le nouveau long-métrage Super Mario Galaxy : Le Film, le dinosaure le plus mignon du jeu vidéo revient dans une aventure aussi charmante que créative, dans laquelle la curiosité est récompensée. Entre pages enchantées, exploration relaxante et direction artistique inspirée, Yoshi and the Mysterious Book a-t-il l’étoffe d’un nouveau classique ? S’il s’adresse clairement aux plus jeunes, pourrait-il également séduire aussi les joueurs plus expérimentés ?

Yoshi and the Mysterious Book est un livre terrain de jeu. Il assume immédiatement son positionnement. Tout, de son esthétique à ses mécaniques, semble pensé pour stimuler la curiosité et l’émerveillement. Le jeu s’inscrit dans la continuité de la série Yoshi, qui s’est progressivement éloignée du platformer traditionnel à la Mario pour privilégier des expériences plus détendues, davantage axées sur l’exploration, l’observation et la découverte.

La série a toujours accordé une grande importance à sa direction artistique. Yoshi’s Woolly World avait transformé son univers en un gigantesque monde de laine, de tricot et de feutrine, tandis que Yoshi’s Crafted World poussait encore plus loin l’esthétique du bricolage avec du carton, du papier et des objets du quotidien.

Cette fois, Nintendo transforme l’aventure en véritable livre illustré. Chaque niveau ressemble à une page d’un carnet de croquis, d’une encyclopédie dessinée à la main ou d’un album jeunesse. Les illustrations crayonnées, les annotations fantaisistes et les petites imperfections volontaires donnent l’impression de feuilleter un ouvrage ancien et magique.

La palette est plus douce et moins flashy que dans certains épisodes précédents. Les couleurs pastel, les textures simples et les contours irréguliers évoquent davantage l’aquarelle et le dessin traditionnel que l’animation numérique parfaitement lisse. Ce qui contraste avec les cinématiques avec un rendu vraiment 3D. L’ensemble est particulièrement cohérent avec le concept du jeu : on ne se contente pas de parcourir un monde inspiré d’un livre, on a réellement l’impression de jouer à l’intérieur de celui-ci.

La direction artistique ne se contente d’ailleurs pas d’être jolie. Elle participe directement à l’expérience. Certains éléments du décor s’animent comme s’ils étaient manipulés à la main et plusieurs mouvements adoptent volontairement une cadence légèrement saccadée, proche du stop-motion. Cela renforce l’impression de manipuler des figurines ou de faire vivre un livre illustré sous nos yeux.
Le bestiaire suit la même philosophie. Les créatures rencontrées affichent des formes simples, expressives et souvent très originales. Elles sont immédiatement attachantes sans être pour autant de simples mascottes décoratives : chacune joue un rôle clé au cœur des mécaniques d’exploration.
Les créatures rencontrées prolongent cette approche. Fidèle à l’esprit Yoshi, le bestiaire affiche un design naïf et fantaisiste, avec des formes simples, expressives et souvent très originales et bizarres. On retrouve cette capacité unique de la série à créer des personnages curieux immédiatement attachants et intrigants. Plusieurs créatures emblématiques font évidemment leurs retours pour les nostalgiques.

Au final, l’ambiance générale du jeu se veut chaleureuse et contemplative. On n’est pas dans un titre d’action nerveux. Ici, la direction artistique invite à prendre son temps, à observer les détails, à se laisser surprendre par une page qui se tourne ou un décor qui s’ouvre. Yoshi and the Mysterious Book ne cherche pas à impressionner par la puissance, mais par l’émerveillement, la surprise et son ingéniosité. Et c’est précisément ce qui le rend si singulier.

L’histoire reste volontairement simple. Un mystérieux livre tombe sur l’île des Yoshis. Il s’agit d’une encyclopédie consacrée aux créatures, mais toutes ses pages sont vierges. Yoshi doit donc partir à leur découverte afin de compléter l’ouvrage.
Pour l’accompagner, il peut compter sur M. E, le livre vivant qui lui donne des indications et consigne ses observations. Bowser Jr. et Kamek viennent évidemment jouer les trouble-fête, sinon ce ne serait pas drôle.
Chaque chapitre est consacré à une créature et propose plusieurs niveaux permettant de l’observer et d’expérimenter ses capacités. Le principe est simple, mais particulièrement efficace : plutôt que de simplement traverser les niveaux, il faut comprendre comment fonctionne ce qui nous entoure.
C’est là que Yoshi and the Mysterious Book trouve sa véritable identité.
Chaque créature possède son comportement, ses capacités et ses interactions propres avec Yoshi et son environnement. Il faut parfois l’utiliser directement, parfois exploiter indirectement ses réactions avec le décor. Le joueur est constamment encouragé à essayer des choses : lancer des œufs, tenter d’avaler une créature, l’écraser, combiner différents éléments ou observer la réaction d’un objet face à un autre. C’est un peu bac à sable quelque part.

Le jeu récompense donc moins l’habileté que l’expérimentation.
Et c’est une différence importante avec un platformer traditionnel. Dans un Mario, le joueur cherche généralement à atteindre la fin du niveau en maîtrisant ses déplacements et en surmontant les obstacles. Ici, l’objectif est davantage de comprendre le niveau. Il faut fouiller, observer, tester et parfois simplement se demander : « Et si j’essayais ça ? »
La curiosité devient ainsi une véritable mécanique de gameplay.

Oubliez les niveaux linéaires dans lesquels il suffit de progresser de gauche à droite. Yoshi and the Mysterious Book demande de fouiller ses environnements de fond en comble.
Les niveaux cachent des grottes, des passages souterrains, des interactions et des secrets qui ne sont pas toujours visibles au premier coup d’œil. Il faut explorer horizontalement, verticalement et parfois revenir sur ses pas lorsqu’une nouvelle possibilité est découverte.
Cette structure fonctionne particulièrement bien parce que chaque niveau repose sur une idée spécifique. Une créature peut modifier la façon dont Yoshi interagit avec le décor, tandis qu’une autre demandera de comprendre ses déplacements ou ses réactions.

Avec plus de soixante créatures différentes, le jeu dispose d’un réservoir d’idées particulièrement important. Toutes ne sont évidemment pas mémorables, mais la variété est suffisante pour éviter la sensation de répétition. Chaque nouvelle rencontre apporte généralement une petite surprise et pousse à revoir sa manière d’aborder l’environnement.
C’est probablement la plus grande réussite du jeu : maintenir suffisamment longtemps le sentiment de découverte.
Cette philosophie a toutefois une conséquence importante : Yoshi and the Mysterious Book est extrêmement permissif.
On ne meurt pas réellement. Il n’y a ni système de vies ni game over. Tomber dans un trou entraîne simplement Yoshi à revenir dans le niveau, tandis que les ennemis peuvent le perturber sans représenter une véritable menace. Il n’y a pas non plus de chronomètre.
Le joueur peut donc prendre tout son temps.
Pour le jeune public, c’est une excellente décision. L’enfant peut expérimenter sans avoir peur de perdre une vie ou de devoir recommencer un niveau. L’échec devient presque inexistant et l’attention peut entièrement se porter sur la découverte.

Pour les joueurs expérimentés, en revanche, cette absence de conséquences peut constituer une limite. Le jeu encourage la curiosité, mais ne demande presque jamais de prendre un risque. Même lorsque l’on tente quelque chose de complètement absurde, on ne perd pratiquement rien en cas d’échec.
Cela rend l’expérience très confortable, mais également assez peu exigeante.
Yoshi and the Mysterious Book n’est donc clairement pas conçu pour tester les réflexes ou la maîtrise du platforming. Son challenge vient essentiellement de la recherche des secrets et de la compréhension des interactions. Si vous recherchez un jeu difficile, vous risquez de rester sur votre faim. Si vous cherchez au contraire une aventure dans laquelle vous pouvez expérimenter tranquillement, cette approche fonctionne parfaitement.
La progression est divisée en plusieurs phases et propose trois niveaux de conclusion : une première « fausse » fin, une véritable fin, puis une fin complète.
La première peut être atteinte étonnamment rapidement. Les six premiers chapitres constituent la première partie de l’aventure, mais il n’est pas nécessaire de tous les terminer pour atteindre le sixième et affronter sa créature finale. Il suffit d’accumuler suffisamment d’étoiles pour débloquer ce chapitre.
Un joueur particulièrement efficace peut donc atteindre le premier générique assez rapidement. Mais ce serait passer à côté d’une grande partie du contenu. Le jeu est loin d’être fini.
Une fois cette première conclusion atteinte, de nouveaux chapitres apparaissent et obligent à retourner dans les niveaux précédents pour récupérer les étoiles manquantes. La progression encourage alors naturellement le joueur à revisiter les environnements et à expérimenter de nouvelles interactions.
Le chapitre 10 marque une deuxième conclusion plus consistante et gratifiante. Il faut compter environ douze à quinze heures pour l’atteindre, selon son niveau de curiosité et son envie de compléter les différents objectifs.
Les joueurs souhaitant aller au bout du bout disposent encore de deux chapitres supplémentaires. Ils demandent davantage de temps et de patience et permettent de porter l’expérience totale autour d’une vingtaine d’heures.
La durée de vie dépend donc fortement du joueur. Quelqu’un qui cherche uniquement à progresser pourra terminer l’aventure relativement rapidement, tandis qu’un joueur qui souhaite compléter le livre et découvrir toutes les interactions aura largement davantage à faire.
Il y a une panoplie d’objets pour les apprentis explorateurs. Le jeu propose également différents outils permettant de faciliter les recherches. Les pièces accumulées peuvent être dépensées pour obtenir des indices lorsqu’une interaction nous échappe.
Ces aides sont particulièrement utiles pour viser le 100 %, car certaines découvertes sont parfois étonnamment difficiles à identifier. Même avec les indices, il arrive que l’on ne comprenne pas immédiatement ce que le jeu attend de nous.
D’autres outils prennent la forme d’éléments d’interface que l’on peut disposer autour de l’écran. On trouve notamment des radars permettant de détecter certains objets, comme les fleurs, les nuages ou la nourriture, mais aussi des balances, des thermomètres, des compteurs d’œufs et différents instruments destinés à faciliter l’observation.
Tous ne sont pas indispensables, loin de là. Certains ressemblent davantage à des gadgets qu’à de véritables outils de progression. Les radars sont toutefois particulièrement pratiques lorsque l’on cherche à compléter un niveau à 100 %.
Le système reste cohérent avec l’esprit général du jeu : plutôt que de punir le joueur qui bloque, Yoshi and the Mysterious Book lui donne progressivement les moyens de comprendre ce qu’il lui manque.
La grande force de Yoshi and the Mysterious Book reste finalement sa créativité.
Le jeu ne cherche pas à réinventer le platformer traditionnel. Il fait autre chose. Il transforme chaque niveau en petit laboratoire d’expérimentation et chaque créature en nouvelle source de possibilités.
Certaines idées sont plus brillantes que d’autres, mais la quantité de mécaniques et d’interactions imaginées est impressionnante. Le joueur ne peut pas simplement rester passif : il doit observer, réfléchir, essayer, combiner et parfois faire preuve d’un peu d’imagination.
Cette approche est particulièrement adaptée aux enfants. Découvrir par soi-même qu’une créature peut être utilisée d’une manière inattendue procure une satisfaction immédiate. Le jeu transforme une action aussi simple que « essayer quelque chose » en véritable récompense.
Et c’est là que la direction artistique et le gameplay se rejoignent. Le livre mystérieux n’est pas seulement un prétexte scénaristique : il symbolise exactement ce que le jeu cherche à provoquer chez le joueur. Chaque page représente une nouvelle chose à comprendre, chaque créature une nouvelle question et chaque interaction une réponse potentielle.
Yoshi and the Mysterious Book est une aventure douce, inventive et particulièrement cohérente avec son public cible. Sa direction artistique inspirée du livre illustré lui donne une identité forte, tandis que son système d’exploration transforme la curiosité en véritable moteur de gameplay.
Son principal défaut est aussi l’une de ses caractéristiques essentielles : son absence presque totale de difficulté. Les joueurs expérimentés risquent de trouver l’aventure trop permissive et parfois même un peu passive. Mais ce serait passer à côté de l’objectif du jeu. Certaines découvertes peuvent également se montrer suffisamment obscures pour nécessiter l’utilisation des indices, ce qui peut transformer l’expérimentation en tâtonnement.
Pour les jeunes joueurs, en revanche, cette approche est particulièrement pertinente. Ils peuvent explorer à leur rythme, expérimenter sans craindre l’échec et apprendre progressivement à observer leur environnement et à résoudre des problèmes par eux-mêmes.
Ce n’est peut-être pas le nouveau grand classique du platformer exigeant, et ce n’est d’ailleurs probablement pas ce que Nintendo cherche à faire. Yoshi and the Mysterious Book propose autre chose : une aventure interactive qui préfère la curiosité à la performance, l’observation à la vitesse et l’expérimentation au challenge.
Une expérience simple, accessible et souvent étonnamment inventive, qui mérite qu’on lui laisse sa chance. Si vous êtes curieux de découvrir cette nouvelle aventure de Yoshi, la démo disponible gratuitement constitue d’ailleurs un excellent moyen de voir si son approche vous convient et à vos enfants.
Les plus :
- Simple, chill, good vibe tout en douceur
- Un gameplay atypique qui surprend souvent et donne le sourire
- Un jeu top pour de jeunes joueurs en herbe
- Une gameplay qui pousse à l’expérimentation et la découverte
- Chaque niveau propose de nouvelles mécaniques de gameplay
- Beaucoup d’idées et de concepts originaux
- Graphiquement charmant et magnifique
- La direction artistique parfaite pour ce genre de jeu
- Une structure de niveaux totalement différente de l’habitude
- Un contenu global assez important finalement
Les moins :
- La mise en œuvre de certaines mécaniques de gameplay
- Les commandes pour lancer des œufs pas terribles
- Les astuces pas toujours très claires
- Les outils d’exploration pas toujours pertinents
- Une structure de jeu qui pourrait faire passer le jeu comme très court
- Un challenge plutôt destiné aux jeunes joueurs
Éditeur: Nintendo
Développeur: Good-Feel
Plateformes: Nintendo Switch 2
Date de sortie: 21.05.2026
Genre: plateformes 2D




































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