Pandora, dans la mythologie grecque, ce prénom signifie « tous les dons » ; il est celui de la déesse qui reçut des dieux, à la demande de Zeus lui même, la beauté, l’amabilité, l’adresse, la grâce, l’intelligence et l’art de la séduction…

A Marseille, celle qui a tous les dons se prénomme Aurélie. Poète dramaturge de 30 ans, elle compose ses pièces (sept déjà à son palmarès) en plusieurs langues, parlant couramment l’anglais, l’allemand, le russe et le polonais. Comédienne également, issue du Conservatoire d’art dramatique, mais aussi danseuse, jongleuse, trapéziste, clown… son inspiration trouve toujours sa source dans les arts martiaux qu’elle pratique depuis sa plus tendre enfance.

Son professeur de karaté est d’ailleurs son modèle absolu. C’est sous son influence qu’elle joue presque toujours nus pieds au théâtre. A ce sujet, elle va présenter un spectacle autour de la danse et des arts martiaux le 12 juin 2021 au Théâtre Nô d’Aix-en-Provence.

Bref, Aurélie Imbert a tous les talents qui lui permettent de se produire dans les Centres dramatiques nationaux, tels que la Criée à Marseille ou le Théâtre national de Nice à l’occasion d’une résidence autour de Shakespeare avec Irina Brook, mais également à l’étranger grâce à son travail plurilingue.

En écriture, elle travaille sur les mots et les sons, elle les sort de leur contexte en les faisant jouer ensemble. Et lorsqu’elle a l’audace de s’emparer de Shakespeare, dès sa première pièce, « Le songe d’une femme de ménage », révélation du Festival Off d’Avignon 2017 (Prix de la meilleure actrice aux Rencontres internationales de théâtre), c’est pour faire chanter autrement les tirades des personnages cultes du grand William, avec d’étranges sonorités venues de différentes langues.

C’est d’ailleurs en polack que la femme de ménage bredouille sa colère en s’investissant dans la peau des personnages incarnés par des comédiens peu respectueux de son travail, à l’issue des répétitions de « La Nuit des Rois », une pièce baroque de l’immense dramaturge anglais.

C’est aussi en poète que la démiurge a réécrit la pièce de Samuel Beckett, « Oh les beaux jours », sous le titre osé « Happy Daze ». Winnie pleure, rit et change les mots-jeux, les mots inventés par elle-même dans un univers poétique, étrange, dérangeant et tendre.

Funambule du langage, elle fait aussi le clown dans « Pitchoune Atchoum », titre burlesque de sa création pour le moins originale, avec la complicité du compositeur Jean-Louis Déconfin. Entre deux crises de larmes, de chant, de mime, de claquettes, d’acrobaties et de poésie clownesque, elle raconte sur le fil tendu et fragile de la vie, une histoire d’amour entre un homme qui joue du bugle et une créature aérienne, belle comme le soleil, qui en tombe follement amoureuse. Sauf que chez les clowns, rien n’est jamais simple. Ce ne sont pas des artistes pour rien ! Cette idylle ne va donc pas être de tout repos. L’amoureuse sur son trapèze (eh oui !) jongle avec le mal d’amour.

Elle montre, sans paroles mais avec tout son corps, magnifique de surcroît, ses émois à ce musicien qui ne peut l’entendre avec son cœur d’artichaut. Les thèmes de ce diptyque qu’elle va reprendre prochainement en associant Beckett à Shakespeare sous le titre « Le songe d’une femme de ménage et de méninge » (faut oser !) sont la vie, l’amour et l’art ; ou plutôt l’art de vivre à travers l’amour. Elle prend le parti de donner à rêver, à voir et à entendre, mais avec la vision d’un monde à l’envers. Car c’est comme cela que les clowns appréhendent la vie et la font aimer.

Pour les lycéens, Aurélie a mis en scène dernièrement une version rock and roll de la pièce de Marivaux, « Les fausses confidences ». Sans trop de marivaudage et avec cinq jeunes comédiens de l’Université Aix-Marseille qu’elle dirige avec maestria, cette pièce, fidèle au texte, pose néanmoins plusieurs questions à l’heure où tout le monde se masque. Une aubaine pour les élèves de terminales du lycée Saint-Joseph les Maristes de Marseille, grâce à l’heureuse initiative de la prof de français de cette vénérable institution pour qui le théâtre est quelque chose d’essentiel. Surtout quand on passe le Bac et que Marivaux est au programme !

Sa dernière pièce qui sera présentée en septembre à Ferney-Voltaire, une petite ville française près de Genève où a vécu le philosophe des Lumières après son exil en Angleterre, est consacrée à la Shoah. Dans le huis clos qu’elle met en scène, la comédienne Annick Gambotti joue le rôle de Nadia Duphein, une compositrice juive dont les relations lui permettent d’obtenir des papiers « français » et d’avoir un statut de privilégiée en tant que grande artiste. Un jour, l’on frappe à sa porte : elle est réquisitionnée pour assurer un concert avec son orchestre pour le régime allemand.

Les musiciens juifs qui joueront auront la chance d’avoir la vie sauve, du moins pour quelque temps, et elle en a conscience. Pièce musicale, les morceaux composés par le musicien Jean-Louis Déconfin, résonnent avec ce cri déchirant d’une humanité perdue. Le Boléro de Ravel est le fil conducteur du combat de cette femme chef d’orchestre qui va se battre jusqu’au bout pour sauver de la mort des femmes et des hommes déjà condamnés par leur origine ethnique.

Dans ce seul en scène, le texte est taillé sur mesure pour la comédienne, l’atmosphère est dense, l’histoire a une épaisseur et une touffeur palpables. Malgré sa jeunesse elle parle de faits, d’ambiances, d’êtres comme si elle les avait connus. C’est son talent. Avec elle, le théâtre prend le large, il n’a ni frontière, ni horizon. Il est universel, essentiel et pas confiné comme la culture en ce moment.  

Marseillaise et internationale, Aurélie est aussi essentielle. Au service de son art, elle travaille en arborescence : chez elle une idée en amène une autre, elle ne prépare rien, tout est magique, elle invente tout. Et souvent, elle peut aussi tout changer au dernier moment, aussi bien pour ses cours de professeur de théâtre dans un lycée de sa ville que dans ses mises en scène.

C’est ce qui la caractérise, avec un caractère bien trempé de bosseuse passionnée qui fait qu’on n’arrive pas toujours à la suivre, que ce soit pour ses pièces autant qu’au niveau humain. D’où cette grande solitude qui s’empare souvent d’elle. Aurélie Imbert a voué sa vie à son art, elle est le théâtre !

Site d’Aurélie Imbert

Texte d’André Baudin

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.