Les loups de Belleville

Ce qui se lit le plus et le plus vite en couverture c’est « les nouvelles enquêtes de Nestor Burma », c’est souligné par un petit plan de Paris avec en jaune le XXème arrondissement et une silhouette grise avec chapeau et pipe en fond – sans doute pour rappeler le Nestor Burma originel qui n’avait officié que dans quinze arrondissements sur vingt.

On m’excusera – j’espère – de parler un peu de moi, mais je me dois de justifier ce qui va suivre. J’ai achevé mes études universitaires sur un mémoire de maîtrise intitulé « Léo Malet, du surréalisme au roman policier » j’étais le premier à étudier son œuvre à ce niveau. J’ai participé aux journées de son centenaire organisées par la bibliothèque de Montpellier. Et là je dis non. Ce premier roman n’est pas un hommage, c’est plutôt un mauvais pastiche et l’on en annonce d’autres… D’abord un reproche sur le plan de l’édition. Page 23 on peut lire : « J’ai entendu à la radio que ça faisait soixante-dix ans que les températures n’étaient pas montées si haut à Paris. Le record de 1976 a été dépassé. » Si je sais compter nous sommes en 2046… Or la phrase suivante commence par « La référence de ma secrétaire à 1976, année de ma naissance…  » et est prononcée par Nestor Burma, ce qui nous donne un privé de 70 ans et ce n’est pas un récit rétrospectif… Comme je suis curieux, j’ai voulu vérifier en ouvrant un autre ouvrage de l’auteur s’il était coutumier du fait ou si cela était de la faute de l’éditeur… j’ai donc regardé « Sarko et Vanzetti » même auteur mais série Le Poulpe (n°267) aux éditions Baleine. Pas de faute de typo mais la même façon de raconter et le même humour potache que l’on qualifiera gentiment de poussif. Passons.

Nous voilà donc avec un Nestor Burma contemporain, le deuxième ou le troisième – selon que vous comptiez Michel Serrault (« Nestor Burma, détective de choc » J.-L. Miesch) ou non -, l’autre étant Guy Marchand. Et hélas, à mon humble avis, on est très, mais alors très très loin de l’esprit Malet … Une des caractéristiques de NB était d’être continuellement ou presque en manque d’argent, là cela apparaît par hasard, par intermittence et pour justifier le comportement particulier de Kardiatou, sa secrétaire. Florimond Faroux est devenu Stéphanie Faroux et Marc Covet Niki Java… (c’est aussi une île). Les allusions et références politico-littéraires de monsieur Léo Malet se transforment ici en plaquage (on peut avoir l’impression que l’on a mis du « formica » sur du chêne). Et bien sûr Burma s’offre une petite ligne pour montrer qu’il est moderne et l’on peut se demander pourquoi il a joué au trafiquant d’armes avec les Corses… se serait-il pris pour un Rimbaud aux petits pieds… On notera que, patron de l’agence Fiat Lux.com, il roule en Fiat 500.

Et l’histoire ? me dites-vous. Elle mêle espionnage, maison close, tunnel souterrain – dans Paris ! – drogue et immigration de Kurdes avec invasion de loups turcs et féminisme. Tout un programme qui aurait pu plaire à un autre personnage évoqué plus haut : Le Poulpe…

Dans le genre surprise hors de saison deux références : l’une à Pravda la Survireuse, BD de Guy Peellaert, et l’autre à Dario Moreno dont tout le monde se souvient qu’il est allé à Rio… sous oublier de monter là-haut…

Dans le genre hommage au père de Nestor, on pourra préférer : « La saga des Brouillards » de Patrick Pécherot, c’est en Folio.

Si vous m’avez lu jusque-là vous pouvez conclure tout seul.

Les loups de Belleville
Auteur : Serguei Dounovetz
Editeur : French Pulp

http://frenchpulpeditions.fr

Les loups de Belleville
1.0Note Finale

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