
Passez outre votre habituel rejet des gros livres (487 pages) et plongez dans celui-ci. Non seulement il est en droite ligne dans l’esprit de la collection, mais il me semble d’une rigueur psychologique très efficace. Je pense que l’esprit de la collection est de donner à lire un fantastique horrifique crédible, vraisemblable… Si une lame du parquet grince c’est parce qu’on me suit et/ou parce que le bois de cette maison est très vieux…
L’action racontée ici remonte à quinze ans, elle se situe dans une banlieue un peu chic d’une ville américaine et oppose les familles bourgeoises du quartier à une famille nouvelle arrivante, celle d’un chanteur ‘country’ très décalée. C’est raconté comme s’il s’agissait d’un dossier. D’un côté, les Schroeder (Fritz et Rhea, parents de Shelly et Ella) et presque tous les autres, de l’autre les Wilde (Arlo et Gertie, parents de Julia et Larry (Asperger)). Rhea et Gertie sont très amies jusqu’au jour où Rhea cherche auprès de Gertie un secours moral. Shelly et Julia sont très amies jusqu’au jour des premières règles de Shelly. Ajoutez une doline – effondrement de terrain -, beaucoup de lâcheté, de suivisme, de réflexions malveillantes et plus ou moins justifiées et un sens certain de la noirceur – celle camouflée par l’enfance. Mais des amitiés enfantines. Et vous aurez un de ces drames dont on ne saurait dire s’ils relèvent de la psychanalyse ou des profondeurs chthoniennes.
Ce roman exige une lecture attentive, pour deux raisons. La première pour distinguer les glissements du fantastique au ‘réalisme’ et vice-versa, la seconde pour repérer les phrases critiques satiriques de l’auteure à propos de la société américaine qu’elle décrit.
Citation : c’est la réponse de Gertie à une question d’une journaliste concernant la pédophilie d’Arlo dont auraient soufferts les enfants de Maple Street : « La question est : quelle preuve vous convaincrait qu’il ne l’a pas fait ? ».
Bonne lecture lente.
Les derniers jours de Maple Street
Auteure : Sarah Langan
Editeur : Fleuve
Collection : Styx
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