Dans son seule en scène incroyable de justesse, d’humour et d’émotions, la comédienne nous entraîne dans le dédale de la maladie et de la vie en hôpital. Rythmé avec une bonne dose de dérision, ce spectacle laisse une empreinte forte grâce à l’interprétation touchante de Katia Ghanty et par une mise en scène sobre et imagée.

Comment est née l’idée de monter ce spectacle ?

Après une hospitalisation très difficile et traumatique en 2016, j’ai ressenti le besoin impérieux, presque vital, d’écrire mon expérience pour pouvoir continuer à avancer de manière constructive. J’ai pris beaucoup de notes à l’hôpital et ces notes ont fini par devenir un livre, Les frottements du cœur, publié en 2017. Un an plus tard, l’idée d’adapter ce livre pour le théâtre a commencé à germer dans mon esprit. L’adaptation m’a pris énormément de temps (plus de 4 ans) car elle nécessitait une prise de recul par rapport à mon histoire, une mise à distance importante.

Selon vous, quels sont les écueils que vous avez contournés ?

Je ne saurais pas dire si j’ai su contourner des écueils… Ce qui est sûr c’est que le travail avec le metteur en scène (Eric Bu) a permis de poser un regard neuf sur cette expérience très intime. C’est devenu une histoire, et plus seulement mon histoire.

Je me suis aussi accrochée au fait que je voulais être seule comédienne sur scène : comme les personnages sont multiples, la pièce aurait pu être jouée par plusieurs personnes au plateau, on me l’a suggéré, mais pour moi ce projet n’avait de sens que si je l’interprétais seule _ même si je joue plusieurs personnages, il s’agit de raconter un seul point de vue, le point de vue d’une patiente en réanimation.

Votre seule en scène réussit le pari d’être à la fois très poignant et très drôle. A-t-il fallu beaucoup de réécriture et de temps pour arriver à ce dosage ?  

Il m’a fallu beaucoup de temps pour écrire, mais le côté drôle était déjà très présent dès le début (il y a aussi beaucoup d’humour dans le livre). La dérision a toujours été pour moi un moyen de faire face aux situations les plus dramatiques. 

Quand j’ai commencé le travail au plateau avec Eric, il m’a aidée à développer ce côté léger et humoristique du spectacle, qui était nécessaire pour que le public ait des moments de respiration dans cet univers hospitalier parfois violent. On voulait à tout prix éviter le pathos.

Quelles sont les personnes qui vous ont soutenue dans la concrétisation de votre projet ?

En premier lieu mes proches et ami(e)s qui m’ont encouragée dans ce projet dès le départ. Puis le metteur en scène Eric Bu qui m’a écrit pour me faire part de son intérêt, dès qu’il a su que j’adaptais mon livre pour la scène.

J’ai la chance d’être soutenue par la production Atelier Théâtre Actuel, et par les coproducteurs Pony Production, Samsha Films, SPJL Production et Qui Vive Prod. Et bien sûr l’équipe artistique et technique du spectacle, le duo Beaumesnil formé par les musiciennes Caroline Geryl et Agnès Imbault, le créateur lumière Moïse Hill, l’assistante à la mise en scène Sophie Bouteiller, la chorégraphe Florentine Houdinière, le régisseur Pierre Mille, la costumière Virginie Houdinière.

Quels retours avez-vous reçus de la part du public ?

Je me suis rendue compte que le spectacle avait un impact très fort. Beaucoup de gens sont sortis très émus, voire bouleversés. Mais il y a eu aussi des représentations où le public riait énormément. On m’a fait de magnifiques retours et j’étais très touchée de sentir cette écoute très intense dans la salle, de sentir les gens avec moi.

Y a-t-il des choses que vous vous êtes interdites de dire/ faire sur scène ?

Non, que ce soit dans l’écriture ou dans l’interprétation, j’ai eu une sensation de grande liberté. Je ne me suis rien interdit et ce spectacle correspond pleinement à ce que j’ai envie de défendre et de raconter.

Si le spectacle était une couleur, quelle serait-elle ?

Je dirais rouge, puisque c’est une couleur qu’on peut à la fois associer à la violence, la douleur, mais aussi à la chaleur, la joie. C’est une couleur très lumineuse et vivante.

Une anecdote insolite à partager qui serait survenue avant/ pendant / après certaines représentations

Durant l’une des représentations avignonnaises, une spectatrice a fait un malaise et a dû s’allonger sur une banquette en plein spectacle. Je ne savais pas s’il fallait la faire sortir de la salle, si elle avait besoin d’aide alors je me suis arrêtée de jouer. Mais cette spectatrice m’a fait signe que ça allait et qu’elle souhaitait rester pour la suite.

Le spectacle a donc repris, j’avais l’impression que l’attention du public était encore plus dense et intense après cette interruption. Je jouais en étant un peu inquiète pour cette femme, j’avais peur qu’elle se sente vraiment mal. Mais elle a fini par se redresser et elle est restée jusqu’au bout, plus attentive que jamais.

Plus tard, après la représentation, elle m’a écrit pour me remercier de l’intensité des sensations et émotions que mes mots lui avaient procuré, et elle m’a dit que ce spectacle était le plus vivant qu’il lui ait été donné de voir. J’ai été extrêmement émue par son message. Je pense que c’est un des plus beaux compliments qu’on m’ait fait !

La suite ? (votre actualité, prochaines représentations…)

De nombreux programmateurs sont venus voir le spectacle à Avignon, alors j’espère quelques dates de tournée pour les saisons à venir, et qui sait, peut-être un jour une exploitation à Paris ?

Texte et interprétation Katia Ghanty
Mise en scène Eric Bu
Crédit photo Frédérique Toulet
Lumières Moïse Hill
Création sonore et musique live Agnès Imbault en alternance avec Caroline Geryl
Chorégraphie Florentine Houdinière
Assistante mise en scène Sophie Bouteiller

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