La Brigade du rire

La Brigade du rire

Excepté pour ce qui concerne l’auteur, on pourra trouver la quatrième de couverture un peu trop parlante, trop raconteuse, sans mystère, au point que vous risqueriez de passer à côté. C’est dommage car ce roman mérite votre attention. Vous connaissez l’auteur pour au moins deux de ses œuvres : « Vive la sociale » (à lire sans faute) et « Corpus Christi, enquête sur les évangiles » (en collaboration avec Jérôme Prieur) à voir et revoir. Avec cette « Brigade du rire » il nous propose une réflexion sur notre époque et les lecteurs attentifs noteront que l’œuvre s’inscrit dans l’actualité immédiate – il est question d’une loi qui « libère » les autocaristes d’un certain nombre de contraintes.

Dylan – prof d’anglais dont la mère a choisi le prénom, comme le chanteur-poète, en hommage au poète Dylan Thomas – convoque-invite les amis – l’équipe de handball qui a gagné il y a longtemps un tournoi inter-lycées. Kowalski dit Kol est chômeur en fin de droit, il est connu par ses apparitions télévisuelles, les autres ont, comme l’on dit, « réussi » leur vie. Dylan n’a invité que les hommes et pourtant une femme arrive. Il s’agit de Victoria, la veuve de leur équipier Richard. Ce dernier s’est suicidé car ayant repris son métier de clown après une fracture du bassin il ne faisait plus rire. Kol et Victoria en veulent particulièrement à Pierre Ramut, l’éditorialiste vedette de l’hebdomadaire « Valeurs françaises. Lui, pour un éditorial stigmatisant les smicards assistés, elle parce qu’il est le responsable de l’accident de Richard. Et notre joyeuse bande va kidnapper le journaliste pour lui faire prendre conscience de ce qu’est le sort de l’ouvrier tel qu’il le préconise : trois huit, Smic réduit de 20%, retenues sur salaire si quota de pièces non atteint, etc.

C’est plus subtil que ce bref et incomplet résumé pourrait le laisser paraître. Nous sommes dans le genre de livre qu’un temps on publiait en France avec l’imprimatur royal et qui, pour éviter la censure, camouflait les lieux, les noms. Les temps ont changé et l’on peut « critiquer » plus ouvertement… Gérard Mordillat critique de cette façon insidieuse qui, en reposant sur des évidences, vous fait prendre conscience des réalités. Ainsi un des personnages rappelle à Ramut qui est contre l’assistanat de l’État, que les journaux reçoivent des subsides de la part de l’État… (même ceux qui attaquent sa politique).

Vous avez compris, c’est une œuvre à la virulence douce dont on peut croire qu’elle est plus efficace que celle qui frappe… A vous de confirmer.

Bonne lecture.

La Brigade du rire
Auteur : Gérard Mordillat
Editeur : Albin Michel

www.albin-michel.fr

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